J'écoute : Archive, Rameau, Monteverdi
Je lis : Dostoïevski, c'est long et épais, mais c'est trop génial.
Je joue : de la zique. P'tain, c'est beau, Bach.
Je mange : de la soupe !
Je bois : de l'eau, beaucoup d'eau.
(mis à jour lundi 26 février 2007 à 21:05)

14/07/2008

14/07/08 - 23:13

Blog en jachère

Mon blog manifestant depuis quelques temps l'envie de faire une pause, le voici donc qui profite des vacances pour s'absenter, pour une durée indéterminée (au moins jusqu'à Septembre, vraisemblablement).

On peut toujours me joindre par mail, en cas de besoin (si tu es blonde à forte poitrine, tu ne m'intéresses pas du tout :p).



Je suis un peu las,
et quand on est las, faut voir ailleurs ;-)

04/07/2008

04/07/08 - 21:55

La magic-vie de magicvince

- Hier, prenant un verre sur le trottoir avec des pédettes, j'ai croisé un petit mec qui prend régulièrement le métro en même temps que moi, quand je rentre du bureau le soir. Il a l'air du pédé discret, propre sur lui, du genre dont on se dit qu'il doit baiser sans faire de bruit. Comme d'habitude, je l'ai fixé, il m'a lancé ce petit regard furtif, à la fois inquisiteur et hautain, qui vérifie si je l'observe et veut montrer qu'il s'en fout. A chaque fois, ça me fait sourire.

- Ma nouvelle bobo-rébellion : je me démarque, j'arrache, je coupe, je découds, j'efface toutes les étiquettes visibles sur mes fringues (sauf sur les caleçons, depuis que ces imbéciles, de connivence avec les fabricants de pantalons taille basse, gribouillent leur marque sur toute l'élastique). Les hommes sandwich finiront bouffés par les marques.

- Je ne sais pas si c'était fait exprès, mais sur la première page de Métro, aujourd'hui, il y avait un titre sur Ingrid Bétancourt, et un autre sur Koh Lanta : celle qui sort de la jungle, et ceux qui s'y enferment. Bêtement, je me dis que si Ingrid faisait Koh Lanta, elle les niquerait peut-être tous, et ça me fait marrer.

- Entendu dans la rue : "... de toutes façons, la tolérance, c'est un truc de pédés". Ah ! Je m'insurge ! Encore ces stéréotypes, au XXIème siècle ! Je vous assure qu'il y a beaucoup d'intolérance aussi chez les pédés, au moins autant que chez les hétéros.

- En ce moment, on dit partout : Sarko va nous faire une Sarko-télé ! Il veut contrôler les médias, ceinturer l'information ! Et paf, quand, fidèle à son habitude, il s'emporte hors caméra, c'est sur le web qu'on trouve aussitôt la vidéo, et c'est la télé qui se doit alors de parler de ce qui se passe sur la toile. Quel pied de nez !

- L'autre jour, j'ai passé la shampouineuse sur ma moquette, si on peut appeler ça une moquette (ça rappelle un peu la texture d'une vieille peau de fauve, c'est rapé et ça pue sans doute autant, mais je ne suis pas spécialiste des vieilles peaux). J'ai horreur de l'aspirateur, je ne sais pas pourquoi. Eh bien, la shampouineuse, ça n'a rien à voir ! C'est jouissif ! Du coup, je l'ai passée trois fois, j'ai failli sonner à la porte des voisins pour leur proposer mes services. Je devrais peut-être monter une entreprise de nettoyage ?



- c'est toi, là ?
- euh, faut pas rêver, non plus :-)

29/06/2008

29/06/08 - 18:55

Valse avec Bachir

J'avais entendu dire qu'il s'agissait d'un documentaire sous forme d'animation sur les massacres de Sabra et Chatila, au Liban. En fait, il s'agit de bien plus que cela : il y a surtout, une réflexion personnelle sur la mémoire, au sens premier - pas le "devoir de mémoire" et tout ça, mais la faculté de se souvenir du passé, de l'oublier, ou de le réinventer.

C'est très bien fait : les psychiatres expliquent d'abord, autour d'un café, ce que la mémoire est capable de dissimuler, ce qu'elle est capable de créer, aussi. Et puis peu à peu, en suivant ce cinéaste qui part à la recherche de ses souvenirs en interrogeant ceux qui les ont vécus avec lui, ce passé se reconstitue. On devine, à travers leurs souvenirs, ce que chacun occulte, ce qu'il déforme ou invente. Le dessin, en mélangeant plus facilement la réalité et la fiction, permet de vivre cela de l'intérieur : lorsqu'on se souvient, tout paraît vrai.

La bande-son est aussi très bien choisie : la pop débridée des early 80's pour l'insouciance et la jeunesse, l'Enola Gay d'OMD en partant à la guerre - tout cela ressemble parfois à "un trip sous LSD", comme dit un des protagonistes -, Pil et This is not a love song qui déboule alors que Menahem Begin (je crois), prix Nobel de la paix encore frais, apparaît sur un écran de télévision, et puis pendant les combats, du Bach aérien, du Chopin surréaliste, on est ailleurs.

Et puis, il y a comme un tournant : l'ami psychiatre dit au narrateur que pour comprendre son rêve, il ne doit pas chercher dans ses souvenirs, mais comprendre ce qui s'est vraiment passé, ce qu'a été ce massacre. Les images n'occultent plus, alors, ne mentent plus, elles décrivent froidement le massacre : la mémoire est en train de revenir. Au final, elles disparaissent, même - ainsi que la musique, d'ailleurs, qui fait place à un angoissant silence -, remplacées par de vraies images d'archives.

Cela avait démarré par le cauchemar d'un des protagoniste - des chiens vengeurs qui renversent tout sur leur passage, déformation hallucinée d'un souvenir. Cela finit par les images insoutenables d'une réalité dont on comprend pourquoi on préférait l'oublier. La mémoire est retrouvée.

22/06/2008

22/06/08 - 13:27

Mais oui, mais oui (l'école est finie)

Vendredi dernier, en sortant du bureau, je donnais mon dernier cours. Le protocole est bien réglé : en entrant dans l'immeuble à 18h, je passe devant la loge, où sa mère vaque à ses occupations, puis je grimpe les 6 étages en courant. Là-haut, sur le palier, je reprends un peu mon souffle, en observant les tomettes un peu disjointes qu'on trouve souvent dans ces vieux immeubles au charme passé. Je frappe, j'entends qu'on range ou qu'on se lève un peu précipitamment, puis un "Oui ? Qui c'est ?" un peu timide, et on me laisse entrer. David vit avec sa soeur dans ce petit deux pièces sous les toits de l'immeuble dont la mère est concierge, qu'un propriétaire leur prête suivant je ne sais quel arrangement.

On discute un peu, je lui demande comment s'est passée sa semaine, si ses oiseaux vont bien. Avant, parfois, Noisette, le lapin de sa soeur, venait mordiller ma chaussure - une fois, il a même entrepris de faire ses besoins sur le lit, difficile de faire un peu de maths dans ces conditions. Depuis que je lui ai demandé de le mettre à côté, en prenant l'animal par la peau comme on fait à la campagne, il se fait plus discret. Pour le mettre plus à l'aise, on parle un peu de ses DVDs, Full Metal Alchemist et autres, ou des posters de Naruto qui tapissent les murs. Ce n'est pas vraiment une conversation, David répond à mes questions un peu comme à un interrogatoire, précipitamment, heureux de pouvoir au moins répondre à celles-là.

David a 15 ans, j'en ai 20 de plus, à chaque fois je me dis que j'ai l'âge d'être son père, ça me fait bizarre. Du père, d'ailleurs, on ne sait rien : parti ou mort, il n'existe pas. David est en cinquième, il a déjà redoublé deux fois. Une fois par semaine, depuis octobre dernier, je l'aide un peu : il est, comme on dit, fâché avec les maths. David est docile, il dit toujours oui, même quand il ne comprend pas - depuis peu, quand il ne comprend pas du tout, il dit modestement qu'il a "un peu compris", et je ne sais toujours pas si c'est pour me faire plaisir ou parce qu'il en est convaincu. Il a un retard énorme, beaucoup de mal à rester concentré plus d'une demi-heure, oublie souvent d'une semaine sur l'autre le peu qu'on a abordé ensemble, ça pourrait être désespérant, et pourtant en général ça me donne la pèche : il y a là comme un défi, comprendre ce qu'il n'a pas compris, expliquer autrement, trouver le passage, le gué, le pont, qui lui permettra de franchir l'obstacle.

Bien sûr, je n'ai pas réussi à lui communiquer ne serait-ce que le parfum de la passion qui m'animait pour les maths, à son âge. Toute la journée, David note scrupuleusement ce qui est écrit au tableau, sans essayer de comprendre. Il veut bien faire semblant, mais il ne faut pas lui demander davantage; il se fait chier consciencieusement. Parfois, il me dit "j'ai fait cet exercice, je crois que c'est bon". Je vérifie, c'est effectivement bon, je pose quelques questions, il n'a pourtant pas compris, il a visiblement copié, une fois ce n'était même pas son écriture. On sent qu'il a renoncé, qu'il attend que ça se passe. J'aurais aimé voir dans son regard une étincelle, une tentative de rébellion peut-être, un soupçon de colère, tout plutôt que cette acceptation passive, cette attente désespérante et sans but. L'année prochaine, il entame un parcours professionnel, j'espère qu'il y trouvera davantage de motivation, du plaisir, même, peut-être.

Demain je verrai sa mère, qu'on fasse un peu le point. Elle m'appelle "Monsieur Vincent", on sent les majuscules, ça m'agace un peu : il y a chez elle le réflexe ancillaire de ceux qui se croient nés pour servir. Qu'on me regarde de haut ou d'en bas, ce n'est pas la direction du regard qui me gêne, c'est la distance qu'il impose, cette manière de dire : on n'est pas du même monde. La première fois, elle était restée avec nous, dans la petite loge, je trouvais ça un peu gênant, j'ai compris ensuite qu'elle voulait me jauger un peu, avant de nous laisser seuls dans sa petite chambre 6 étages plus haut : instinct de mère, elle a raison. Demain, elle me dira encore, devant lui, "David, il a du mal, il ne comprend pas vite, sa soeur qui a deux ans de moins est bien plus douée", et lui baissera la tête, sans rien dire, moins par honte que par désintérêt.

J'essaierai de le défendre en souriant, allez quoi, il progresse doucement, je lui poserai peut-être la main sur l'épaule, à défaut de pouvoir le secouer, qu'il se redresse un peu : s'il a si souvent mal au dos, c'est peut-être qu'il a déjà trop courbé l'échine.

Bonnes vacances, gamin ! :-)

09/06/2008

09/06/08 - 20:47

Anamorphoses

Connaissez-vous Georges Rousse ? Jusqu'à Samedi dernier, j'ignorais tout du bonhomme. Bien sûr, si on m'avait posé la question, j'aurais certainement supposé qu'il était écrivain, ou je ne sais quoi, suivant l'inspiration du moment. En insistant un peu, j'aurais certainement cité quelques titres de ses oeuvres, décrit son style, fait une vague allusion à ses talents d'acteur.

Samedi dernier, donc, en faisant un tour à la Maison Européenne de la Photographie (ça en jette, hein, surtout avec les majuscules) en agréable compagnie, j'ai découvert qu'il était photographe. Oui, bon, ça va. Il aurait pu être écrivain. Ca va peut-être le prendre un jour, d'ailleurs.

Première photo, on voit une pièce vide, avec un carré blanc qui semble s'étaler sur 5 murs de la pièce (en comptant le sol et le plafond).



On regarde de près, on ne comprend pas trop : c'est retouché, ou c'est peint avant d'être photographié ? Mais si c'est peint avant, ça veut dire qu'il a fallu prendre en compte la perspective, pour qu'en peignant sur les 5 murs, et puis l'escalier, et en photographiant ça d'un point précis, ça fasse un rond ? Ca paraît impossible.

Et puis, peu à peu, on en vient à se convaincre que si (les textes n'expliquent pas grand chose, la technique m'intéresserait davantage que les réflexions artitstico-phylosophiques). Ouah ! On imagine qu'il utilise une projection de l'image, sur les murs, qu'il dessine les contours, remplit ça à la peinture, avant de prendre la photo depuis le point d'où il a projeté l'image. Il faut imaginer.

En rentrant, je regarde un peu sur le net, ce qu'on dit du bonhomme. L'article de Wikipedia est rigolo comme tout. En consultant l'historique, on voit qu'un inconnu a ajouté, le 29 mai :
Sa visite la même année de l'exposition [1983] A Pierre et Marie lui donne l'occasion d'emprunter à Felice Varini la technique de rétroprojection. Les emprunts successifs de l'oeuvre de Rousse à Varini, Matta-Clark et Dibbets ne seront par la suite jamais démentis, sans qu'un apport significatif aux oeuvres précitées puisse être repéré.

et plus loin, en conclusion :
Georges Rousse est l'auteur d'une oeuvre décousue, fondée sur des emprunts (notamment à l'art vin situ), recyclés à des formats qui permettent d'être très fortement représentés dans nombre de galeries européennes.

Sacré Wikipedia, c'est marrant tout plein, ces petits réglements de compte entre artistes.

Alors du coup, je regarde un peu le cas Varini, et c'est vrai que c'est assez troublant. Comparons :
Georges Rousse :
19941996


Felice Varani :
19791980


Je n'y connais pas grand chose à la théorie de l'art (et en plus je m'en fous, en fait), mais j'ai l'impression que ce qui compte, pour de telles oeuvres, c'est surtout l'originalité du concept. En voyant ça, j'ai trouvé l'idée géniale, sur le coup, et le résultat saisissant, surtout pour les projections en 2 dimensions, sur un volume (à 3 dimensions, donc) : la peinture a mis des siècle à représenter de manière plus ou moins satisfaisante du volume en 2 dimensions, et là, finalement, on fait l'inverse. Joli pied de nez !

Maintenant, Rousse ou Varani, ça n'a pas grande importance. Mais bon, l'art aime bien ses héros, alors plutôt que de faire une exposition qui s'intitulerait "anamorphoses" (ça aussi, ça en jeterait, pourtant), on préfère écrire "Georges Rousse" en gros caractères.

Ce que c'est que l'orgueil ! :-)

08/06/2008

08/06/08 - 12:31

Tribute to my tribe - 2 : magic mum

Quand mon frère lui annonce, avec sa nonchalance habituelle, que K. et lui vont se séparer, ma mère a un regard incrédule. Et puis, devant les explications de mon frère, il faut bien se résoudre à accepter la rupture. Comme toute mère qui se respecte, la mienne n'aimait pas beaucoup celle qui devait devenir un jour sa bru : elle l'accueillait chez elle avec cette politesse un peu forcée qui veut signifier qu'on sait se tenir, qu'on a une certaine éducation, qu'on accepte avec magnanimité les sentiments du fils (il ne pourra rien nous reprocher) - mais qu'on n'en pense pas moins.

Comme mon frère n'a pas l'air trop affecté - le montrerait-il ? -, il faut bien que quelqu'un d'autre le soit : ce genre de nouvelle ne peut passer dans l'indifférence générale. Alors ma mère se demande, elle culpabilise un peu, tu crois que c'est de notre faute, on a loupé quelque-chose. Il faut la comprendre. D'abord, il y eut la benjamine, dont il a bien fallu accepter les choix, on en parlera un jour. Ensuite, il y a eu un cadet, homo, certes, mais qui de plus semble à peu près incapable de mener une vie de couple "normale" : c'est que, l'homosexualité n'étant plus partout, même à la campagne, cette maladie honteuse qu'on préfère ignorer, on finit par y discerner également une hiérarchie de normalité, l'idéal étant de ramener un jour à la maison un gentil garçon tout-à-fait présentable mais pas trop recherché non plus. Comme elle n'a jamais trouvé cet idéal dans mes bagages - la chose s'en rapprochant le plus étant jusque-là un violoncelle -, je crois qu'elle a fini par y renoncer. Mon frère incarnait donc cette normalité à laquelle on se raccrochait tant bien que mal.

Et voilà que soudain, d'une petite phrase anodine, la fragile normalité de l'univers maternel s'écroulait.

Allons, chère petite mère, ouvre les yeux, regarde autour de toi ! Je commence, je lui rappelle le cas des filles T., l'aînée qui se retrouve veuve à 35 ans avec deux gamins qu'elle est incapable d'élever, l'un placé à la DASS après avoir méchamment tabassé son frère (qui suit le même chemin), la cadette qui après avoir eu deux enfants d'un homme qui n'en voulait pas et qui du coup l'abandonne, perd ses deux jambes dans un accident de voiture... Si TF1 savait ça, on en ferait sans doute un téléfilm suivi d'un débat voyeur à souhait. Mon frère enchaîne : regarde le fils T., d'ailleurs, leur frère, il a mon âge, ça ne se passe pas trop bien, avec sa femme, mais bon, il ne veut pas faire trop de vagues, et puis il a eu du mal à en trouver une, il préfère continuer, surtout qu'elle est enceinte, tu parles d'une vie.

Ma mère réfléchit, elle se rassure, peu à peu. Elle lance une dernière flèche, assez faiblement pour être sûre qu'elle ne fasse pas grand mal. Regarde, avec ton père, ça fait 40 ans qu'on est ensemble, on n'a pas baissé les bras au premier accrochage !

Ah, chère petite mère, regarde son sourire quand tu tournes tes yeux vers lui, devine le tien qui lui répond... Forcément, dit mon frère, des couples comme le vôtre, c'est exceptionnel, vous êtes sur la même longeur d'onde, vous aimez à peu près les mêmes choses, vous étiez faits l'un pour l'autre. Regarde les parents de K., justement, son père qui stresse parce que sa mère va être en retraite, "fini la tranquillité", il dit, elle qui croit qu'ils vont partir en voyage, lui qui est heureux tout seul à la chasse avec son chien... Regarde la veuve L. qui, quand on lui dit "la mère, faudrait vous retrouver un bonhomme" répond "j'en ai supporté un pendant 50 ans, ça suffit comme ça, j'ai le droit de vivre un peu avant de mourir !"...

Ma mère ne demande qu'à être convaincue, elle rend déjà les armes. C'est vrai, dit-elle, moi aussi, j'aurais préféré rester seule plutôt que d'accepter n'importe quoi. Quand le père T. (chez qui elle était aide-familiale, en débarquant au village) m'a dit "y'a un homme qui s'intéresse à vous", je lui ai répondu "Il va au café ou pas ? S'il boit, même juste un peu, je ne veux pas savoir qui c'est !". L'amour, parfois, ça tient à peu de choses.

Mon père n'allait pas au café, surtout parce qu'il n'a jamais été très à l'aise dans les sociétés bruyantes où il faut paraître - je tiens ça de lui, sans doute. J'apprends au passage qu'il a un problème au foie qui l'empêche de toutes façons de digérer l'alcool, je l'ignorais. Ma mère enchaîne "C'est vraiment pas beau, un homme saoul, je me souviens quand vos oncles rentraient bourrés à la maison, qu'il fallait les mettre au lit et laver leurs cochonneries, je les engueulais, et ça les faisait rire en plus. Et puis, maman aussi buvait, elle est morte d'une cirrhose". Elle n'en avait jamais parlé. "Oh, bah oui, qu'elle buvait, ton oncle ne veut pas qu'on en parle, sa mère c'était sacré, mais c'est pas lui qui ramassait les bouteilles. Quand j'en trouvais, je la grondais gentiement, le docteur lui avait interdit, mais que veux-tu, veuve avec 4 enfants à élever, c'était pas facile."

Ma grand-mère, que je n'ai jamais connue, que j'ai toujours vue comme LA grand-mère, un peu tassée, replète, tout de noir vêtue, les cheveux blancs tendus par un chignon, qui pour élever seule ses trois fils, mes oncles, et sa petite dernière, ma mère, tirait les cloches, aidait à l'église et faisait mille menus travaux, a été tuée par l'alcool.

A 6 ans, ma mère perdait son père. Seule fille, benjamine, à 16 ans elle travaillait, menait la maisonnée, couchait occasionnellement ses frères ivres, essayait vainement d'empêcher sa mère de boire. A 20 ans, elle était orpheline, faisait ses valises, et débarquait comme aide familiale au village. Avare de souvenirs, c'est peut-être dans son caractère bien trempé qu'on décèle le mieux les cicatrices de son passé.

Finalement, elle n'a pas de quoi être inquiète, elle l'a compris. Ses enfants n'ont sans doute pas la vie "normale" dont on se prend parfois à rêver, quand on s'ennuie, mais ils ont l'air heureux. Et si elle avait quelque-chose à se reprocher, peut-être, ce serait de leur avoir laissé l'empreinte de son solide tempérament, ce caractère qui regimbe facilement contre l'inacceptable compromis.

Et telle que je la connais, même si elle ne le dira jamais, je parierais qu'elle en est plutôt fière.

05/06/2008

05/06/08 - 18:51

Hillary, elle a pleuré

C'est bête, mais le rôle d'Hillary Clinton dans les primaires démocrates aux Etats-Unis me fait inévitablement penser à cette scène du Sacré Graal des Monty Python, le combat avec le Chevalier Noir : il perd un bras, puis l'autre, il ne s'avoue pas vaincu, prétend toujours gagner le combat, puis c'est une jambe, la deuxième, et alors qu'on le laisse planté là, impuissant, il s'emporte encore (après avoir suggéré "match nul ?").

C'est con, mais ça me fait marrer.





C'est l'jeu, ma pov' Lucette ! :p

03/06/2008

03/06/08 - 20:16

Tribute to my tribe - 1 : magic brother

Bien qu'il vive non loin de chez mes parents, magic brother rentre moins souvent le week-end, depuis qu'il a inauguré sa vie de couple, il y a quelques années. Il revient de temps en temps, sans prévenir, ce qui exaspère à chaque fois ma mère (qui espère pourtant secrètement sa venue, j'ai prévu un rôti au cas où). En général, quand il sait que je rentre, il pointe le bout de son nez.

On a l'un pour l'autre un mélange discret d'admiration, de respect, de sentiments inavoués, une compréhension réciproque faite de silence. Quand on était gamins, malgré les 18 mois qui font de lui l'aîné, on nous prenait fréquemment pour des jumeaux. Il y a quelque-chose de moi en lui, de lui en moi.

Cette fois, il débarque donc, samedi après-midi. C'est qu'il a quelques travaux à faire sur sa voiture (jamais il ne dira "je suis venu te dire bonjour", de toutes façons je le rabrouerais gentiement en faisant semblant de ne pas y croire). Tu restes dormir là ? Ah bon ? Et K. ne vient pas avec toi ? On ne la voit plus beaucoup, en ce moment, demande ma mère.

Non, de toutes façons on va se séparer, y'a des chances que tu ne la revoies jamais, d'ailleurs.

Mes parents se regardent, muette question dans les yeux de ma mère, mon père répond sans beaucoup d'assurance "il nous fait marcher".

Mon frère me regarde en souriant lassement, il sait que j'ai compris. On n'en a jamais tellement parlé, de leur relation. Je me souviens, quand il est venu à Paris en début d'année, sa copine appelle, il est dans le métro, rah, encore, je réponds pas, elle a déjà appelé tout à l'heure, elle est chiante quand elle s'y met. Je me souviens aussi de ses soupirs, face aux sautes d'humeurs de la demoiselle, de son air pincé à elle quand il la rembarrait parfois un peu brutalement. Je n'ai jamais rien dit, parce que je ne suis pas une référence en matière de vie à deux, parce qu'il y a des tas de couples qui s'accomodent de ces heurts, qui préfèrent les petites tensions quotidiennes à la solitude. Vivre à deux, parfois, c'est juste un choix.

Alors, il explique. Depuis quelques temps, on se chamaille souvent, on sait bien que c'est pas vraiment ça, on est d'accord. Elle est pas très stable, elle a besoin de quelqu'un qui la protège, et moi j'ai besoin de quelqu'un avec qui partager, c'est tout. J'aime bien parler, j'aime bien qu'on me contredise, aussi, elle s'en fout de ce que je raconte, elle me dit "oui oui" pour être tranquille. Elle voudrait qu'on vive presque tous ensemble, avec ses frères et soeurs, je les trouve insupportables, en plus ils s'engueulent tout le temps. Soit on décidait de continuer, de supporter tout ça, parce que pour le reste on s'entend quand même bien, soit on convenait que c'était pas l'idéal. J'aime pas trop les compromis, je crois que je préfère être tout seul.

Il ajoute : p'tain, j'en ai marre des filles, ça doit être plus simple quand on est homo, non ?

Je souris sans répondre, ça fait bizarre d'entendre un hétéro envier la vie d'un pédé.

J'espère qu'elle va avoir son job, il conclut, déjà sans mec elle va avoir du mal, alors sans job, elle va déprimer grave. J'espère qu'elle va s'en remettre.

Et toi ? je demande.

Oh, moi, je vais me lancer à fond dans ma boîte (sa deuxième, c'est un bâtisseur, mon frangin), ça va me forcer à penser à autre chose. Tu m'aides avec ma bagnole, avant qu'il pleuve ?

Mon frère, c'est un type insupportable, qui radote, qui met les pieds dans le plat, qui triche volontiers, sans doute, mais c'est aussi un type formidable, d'une force fantastique, d'une incroyable intelligence faite d'instinct et de savoir.

C'est, je crois, le mec que j'aime le plus au monde.

Et si je le lui disais,
il me mettrait son poing dans la gueule :p

24/05/2008

24/05/08 - 10:56

Marcelle je t'aime !

De Rameau, je ne connaissais pas vraiment la musique pour clavecin. Disons que j'avais eu un peu l'impression d'entendre, parfois, des réductions de ses airs d'opéra, et que je préférais jouir de la version orchestrée, chantée, magnifiée par l'harmoniste prodige.

Et puis, il y a peu, on m'a dit "Si vous aimez Rameau, il vous faut écouter Marcelle Meyer". Evidemment, quand on me dit ça, tout de suite, avec mon caractère insupportable de breton élevé au grand air, je renâcle : les "il faut", en matière de musique, me paraissent toujours de trop.

De Marcelle Meyer, je connaissais vaguement le nom. J'imaginais une vieille pianiste à l'autorité un peu vétuste, de ces personnes qui ont vécu et dont on écoute les idées bien arrêtées avec un sourire plein d'indulgence, je voyais le charme désuet de son élégance, je sentais déjà son parfum suranné. J'entendais dans mon imaginaire, avec le léger dédain des imbéciles, les vieux enregistrements qui craquent. Par curiosité, par fierté aussi - comment ? je ne connaissais pas quelque-chose qu'il me fallait écouter ? - j'ai un peu cherché sur le net.

J'ai découvert une biographie succincte, une jeune femme à l'air rêveur et décidé posant sur quelques photos en noir et blanc. Il y a je ne sais quel enchantement à contempler ces vieilles photos, ces vieilles gens éternellement jeunes qui n'ont existé qu'en noir et blanc. J'ai téléchargé (tout-à-fait illégalement) quelques extraits, encore persuadé que ce n'était pas pour moi (Rameau au piano !), mais il faut bien en être sûr, n'est-ce pas.

Et je me suis précipité chez un disquaire d'occasion pour trouver l'album convoité, le toucher, l'avoir chez moi. Je suis vieux jeu, j'aime encore le contact du disque, les boîtiers bien rangés sur les étagères, les livrets qu'on parcourt en écoutant les premières plages.

C'est saisissant, foudroyant. Aussitôt, il a fallu que j'écoute Rameau au clavecin, plusieurs versions (au moins 4) pour être bien sûr que cette musique-là n'avait pas attendu, patiemment, muettement, le piano de la Meyer - ça n'a pas été simple, j'ai encore un doute.

Et puis, alors que les notes s'égrènent tranquillement et que j'étais déjà ailleurs, Marcelle Meyer, imperturbable, fait suivre Couperin à Rameau. Une révélation. Je ne connaissais pas beaucoup, Couperin, les baricades mistérieuses un peu, j'écoutais ça au clavecin comme on regarde une vieille toile craquelée et noircie, dont on se dit en soupirant "ça a dû être joli, à une époque", et qu'on admire plus par respect que par conviction - parce qu'admirer le passé c'est aussi se donner un espoir qu'on nous admire un jour. Pour tout dire, les baricades mistérieuses, avec ses doubles égrenées régulièrement d'un bout à l'autre, je trouvais ça un peu "machine à écrire", "machine à coudre", bref, machine à quelque-chose. Ici, ça n'a plus rien à voir : c'est du Couperin réinventé. Il n'y a sans doute pas la volonté de restituer, de reconstruire à l'identique. Il y a une partition, un instrument, et une interprète, qui s'est juré de faire quelque-chose de ces quelques mesures. Il faut, sans doute, avoir un jour caressé un piano pour comprendre un peu du chemin qu'elle a parcouru.

De l'élégance, de la finesse, une subtilité, une retenue, une pudeur toute féminine, une prouesse sans rien d'ostentatoire, une musique qui sonne comme une évidence.

Puisqu'il serait stupide et inconvenant de remercier Meyer - ça ne se fait pas, n'est-ce pas- merci, donc, à celui qui m'a permis, avec l'enthousiasme communicatif de quelques mots bien choisis, de découvrir ce trésor.

18/05/2008

18/05/08 - 22:07

Les actualités

Tiens, y'avait longtemps que j'avais pas commenté les news. On s'en fout complètement, mais de même que les toutous ont besoin de leur promenade quotidienne, magicvince a besoin de sa dose de bêtise journalière (et aussi de sa promenade, d'ailleurs, mais ça c'est fait. Bon, "on" dira que les bêtises aussi, certes ;-) ).

A l'international, c'est toujours la Chine qui occupe la scène, mais on a perdu le Tibet en route : catastrophe naturelle oblige, on oublie un peu les revendications des semaines passées, le monde étanche sa soif de bonté à grandes rasades de convois humanitaires. Le pouvoir s'en sort pas mal, laisse rentrer ce qu'il faut pour avoir l'air gentil, et puis de toutes façons il y a la Birmanie pour jouer les méchants.

Sur BFM ou ITélé, parmi les titres qui défilent, il y a les bilans chiffrés, du passage de Nargis ou du tremblement de terre. Ca me met un peu mal à l'aise, ces nombres qui grossissent inévitablement. C'est bête à dire, mais présenté comme ça, on dirait un record, un peu le téléthon ou la cagnotte du loto. Dans les journaux, d'ailleurs, on refait un historique des catastrophes naturelles les plus mortelles, l'année et la description d'un côté, le bilan de l'autre. Des chiffres, des chiffres, c'est comme une fascination morbide. Et pourtant, finalement, il faut bien le reconnaître : un être cher qui s'en va sera toujours plus pénible qu'un million d'inconnus qui disparaissent - ce fameux être qui vous manque, et qui dépeuple tout - (certes, ceux-là ne sont pas des inconnus pour tout le monde, évidemment, mais la plupart de ceux qui les connaissent ne regarderont pas la télé occidentale pour avoir des nouvelles). Evoquer les risques d'épidémie, parler de ce qui peut être fait pour sauver ce qui peut l'être encore, ou bien de ce qu'on peut faire pour éviter ça ailleurs, si c'est possible, me paraîtrait bien plus important que ces éternels bilans comptables. Mais en attendant, on compte, on avance les derniers chiffres sortis, on prend un air attristé (et on reprend du dessert).

Dans la rubrique politique intérieure, c'est bien plus rigolo, il y a le congrès du nouveau centre. Il faudra vraiment penser à changer de nom, c'est dangereux un titre avec "nouveau", ça vieillit mal, en général. Ca tombe bien, il paraît qu'ils y pensent. N'empêche, leur président a été élu avec 87% des suffrages, voilà qui doit faire baver bien des socialistes.

Parlons-en, des socialistes. C'est fabuleux comme on peut critiquer la présidentialisation du pouvoir, et ne penser pourtant qu'à ça : être président. Ca laisse penser que le reste n'est finalement pas très important, que seul le poste de président permet de faire de la politique, et c'est bien dommage, je trouve. Ségolène Royal voudrait bien conquérir la tête du PS, ça la rendrait incontournable en 2012 : une fois arrivée si haut, la Vizirette Royal se verrait tellement bien Calife ! Delanoë va bientôt rentrer dans la bataille, il traîne pour l'instant moins de casseroles, et puis Fabius ne pourra pas lui demander "Mais qui va garder les enfants ?", c'est déjà ça. On laisse aux langues bien pendues et tellement fraternelles de la grande famille socaliste le soin de lui balancer d'autres vacheries.

En attendant, dans les kiosques, entre les couvertures avec les filles à gros seins (et celles, plus rares, avec les mecs à gros abdos et slip bien garni), on trouve encore des tas de portraits de Sarkozy, seul le titre a un peu changé (avant c'était plutôt "comment il a conquis le pouvoir", maintenant c'est "pourquoi ça coince"). Cette semaine, il jubile, et Christine Lagarde avec lui : on découvre que la croissance 2007 a été supérieure à ce qu'on pensait ! Dingue ! Evidemment, quand le pouvoir d'achat baisse, on dit "je n'y peux rien", mais quand on annonce qu'il a augmenté l'année dernière, on espère bien récupérer quelques miettes de l'euphorie (ça laisse perplexe, une annonce comme ça, concernant une période passée, on a tendance à se dire : merde, j'aurais dû en profiter, au lieu d'être euphorique, on se sent frustré). La croissance, le Français moyen (j'en fais partie) ne sait pas trop ce que c'est. Mais quand on voit que même au sommet du pouvoir, ou bien on s'avoue impuissant, ou bien on a l'air surpris, ça laisse aussi perplexe. La croissance, c'est un peu comme la météo, finalement, on devrait mettre Evelyne Dheliat à Bercy.

13/05/2008

13/05/08 - 20:12

Hommes à lunettes

Dans le 20 minutes d'aujourd'hui, à propos des éthylotests dans les bars, on voit une photo (parce qu'un article de journal, c'est comme un post de blog : il faut ajouter une photo pour attirer le lecteur et lui éviter l'ennui de 10 lignes à lire, bouh, c'est fainéant, un lecteur, oui oui, je parle de toi, ami lecteur ;-) ), une photo, donc, sortie des archives, sur laquelle Jean-Louis Borloo, le ministre des alcooliques et de leurs victimes, observe attentivement les "lunettes d'ébriété" :

"Jean-Louis Borloo lors d'un essai de lunettes simulant la vision en état d'ébriété"


Je ne savais pas que ça existait, les lunettes d'ébriété (depuis, évidemment, je soupçonne mon opticien de m'avoir filé ça en douce pour se marrer, je ne trouve pas d'autre explication aux choses surréalistes que je vois parfois, en l'absence de tout usage de substance alcoolisée voire prohibée).

On devine le chercheur tout fier de son invention, regarde Fred, j'ai inventé des super lunettes, tu les mets et tu vois comme si t'étais bourré, ouarf, trop cool, j'ai même collé un éléphant rose dessus.

Et là, une illumination : il n'aurait pas pu inventer des lunettes pour voir clair quand on est bourré, plutôt ? Nan, parce que, quand même, ce serait nettement plus utile, je trouve.

"Je sers la science et c'est ma joie !" :o)

06/05/2008

06/05/08 - 19:55

Frédéric H. Fajardie est mort.

Il y a des années, quand j'étais jeune étudiant parisien, je suis entré, un peu par hasard, un peu par curiosité, chez Mona Lisait, près de la rue des Lombards. En surface, c'est une librairie "beaux-arts" classique, avec ses monographies habituelles de peintre ou d'architecte. Mais ce que j'aimais, moi, c'était le sous-sol. On était pris, tout de suite, par l'odeur délicieuse et un peu acre du papier jauni, saisi par le silence : on y déambulait, livres à la main, comme des moines méditant sous les ogives croisées d'un cloître.

A l'époque, j'y avais découvert quelques merveilles, parmi les invendus des Nouvelles Editions Oswald. Clark Ashton Smith et les autres m'avaient ouvert les portes de la nouvelle fantastique introuvable ailleurs, à laquelle le sous-sol de Mona Lisait reste définitivement attaché, dans ma mémoire. Quelques années plus tard, j'y trouvai, pêle mêle, tout un tas de petits bouquins merveilleux, des survivants du pilon, des exemplaires du Cabinet Noir (collection des Belles Lettres dirigée par les mêmes Oswald, d'ailleurs). Parmi eux, deux recueils de nouvelles de Fajardie. Je ne connaissais pas Fajardie, même pas de nom, j'ai adoré ses nouvelles, délicieusement cyniques, merveilleusement désespérées.

J'avais prêté les livres à mon copain de l'époque, gentil garçon discret, gauchiste et anarchiste dans l'âme. Pas un gauchiste qui dit des bêtises en parlant fort et qui milite à tout va, non non, plutôt le genre gauchiste apolitisé, associal, agoraphobe, le gauchiste par sentiment. Il achetait de temps en temps Charlie Hebdo, il aimait bien l'encart où on parlait des chasseurs qui se tiraient dessus par accident. Bien sûr, il a adoré Fajardie, et c'est lui, en retour, qui m'a alors fait découvrir, à sa parution Les Foulards rouges (puis plus tard Le Voleur de vent). Formidable épopée historique, roman de cape et d'épée où l'on voit entre les lignes disparaître les chevaux dans un claquement de sabots, où l'on entend entre les pages le fer se croiser. De la littérature populaire, sans doute, mais quelle jolie plume !

Je n'ai jamais lu ses romans noirs, j'aimerais moins, sans doute. Le reste suffit à mon plaisir.

Frédéric H. Fajardie, discret chevalier à la plume cinglante, est mort.


Et pendant ce temps, Kylie Minogue est faite
chevalière des Arts et des Lettres :p

02/05/2008

02/05/08 - 20:19

Qu'ouïs-je ?

Hier matin. Je lis, allongé sur le canapé, pendant que monsieur vaque à sa cuisine (je ne suis pas sexiste, vous voyez, je suis pour les hommes à la cuisine :p). Pendant que mon oeil parcourt comme il peut les caractères en noir sur blanc, de gauche à droite et de haut en bas, mon oreille qui, il faut l'avouer, n'aime pas trop la lecture, happe entre deux baillements quelques notes de ce qui passe à la radio - c'est tellement plat qu'elle s'épargne en général de m'en faire le compte-rendu. C'est un peu un filtre anti-spam audio, mon oreille.

Et puis soudain, quelques violons. J'aime bien le violon, c'est vachement expressif, un violon. D'ailleurs, si les pionniers de la musique minimaliste rejetaient les cordes, c'est il paraît parce qu'ils trouvaient ça trop expressif (depuis, évidemment, le Kronos Quartett et d'autres ont montré qu'on pouvait faire des choses étonnantes, avec un violon).

Mais là, c'est du violon de variétoche, peut-être ce qu'on fait de pire avec un violon. J'imagine un violon, pauvre instrument, à qui on annonce soudain qu'il va jouer de la variétoche. Il doit se sentir comme un fonctionnaire soudain muté à Guéret (ou dans le Nord, c'est tendance), comme un jeune cuistot qui ne trouve rien d'autre qu'une cantoche pour gagner sa croûte, comme un joueur de foot jouant au PSG : une furieuse envie de se tirer une balle.

Le violon de variétoche, c'est nappé, c'est une couche de caramel bien poisseux posée sur un boudin de chantilly bien épaisse : c'est indigeste rien qu'à regarder. C'est joué à l'unisson, ça fait romantique, c'est le prétexte, dans les clips, à afficher de jolies filles aux cheveux longs et aux gestes amples, qui sont probablement violonistes comme je suis haltérophile. Bref, ça ne peut faire plaisir qu'à ceux qui n'aiment pas le violon.

Et puis le chanteur s'y met : "aimer, c'est c'qui y'a d'plus beau". Mon dieu. J'avais oublié ce tube. Un tube, c'est creux à l'intérieur, c'est du vide avec une enveloppe autour. Ici, ils ont juste oublié l'enveloppe, c'est trop ballot. Déjà, "c'est ce qu'il y a de plus beau", c'était quand même pas terrible, comme incipit : plein de petits mots d'à peine une syllabe, pas de quoi pavoiser. Le poète dirait "quelques perles trop frêles perdues sur un fil trop lâche", on dira plus prosaïquement : des petites crottes même pas assez consistantes pour faire un bel étron. Pas fous, les auteurs, ils s'en sont rendu compte ! Alors en bouffant quelques syllabes, par ci par là (il en reste 5 sur 8, si l'on compte), ils ont cru que ça se verrait moins.

Le chanteur a une voix mièvre, vas-y que je te trémolote pour cacher la misère, la chanteuse a la voix innocente et pure de son rôle, n'oublions pas que dans l'histoire elle est la vierge Juliette (qui aimerait bien ne pas le rester trop longtemps), on lui donnerait le bon dieu sans confession et aussi un bon coup de pied au cul pour la secouer un peu, il manque de couilles, elle aussi - je voudrais des couilles partout.

Si mon oreille n'a pas voulu me faire rater ça, c'est qu'elle a une sacrée dose d'humour, la coquine.

free music

27/04/2008

27/04/08 - 20:14

Catherine et ses petits papiers (2)

Ce soir, en rentrant de ma promenade, passant par acquis de conscience et par habitude la main dans la boîte aux lettres, je tombe sur un petit papier. C'est ma chère Catherine ! Elle me fait part (avec quelques fautes) de son départ en congés.

A la lire, on a presque l'impression qu'elle tient un commerce, dont je serais l'unique client.


Profitez bien ! :o)

27/04/08 - 12:07

Le monde selon Monsanto *

J'avais entendu parlé de ce documentaire, passé sur Arte le mois dernier. Bon, je ne suis pas militant écologiste, mais je trouvais le débat sur les OGM intéressant, et puis les documentaires qui passent sur Arte sont en général bien fichus, je trouve (c'est évidemment un bête a priori, et alors).

Donc, je viens de regarder. Eh ben c'est pas mal du tout. Sur le contenu, d'abord. La première partie, si l'on veut découper, revient sur les différents scandales qui ont émaillé l'histoire de Monsanto : dioxine, PCB, hormone de croissance bovine, etc. Ca n'a peut-être pas de lien direct avec ce dont on parle en ce moment, les OGM, mais l'idée est de montrer que sur ces sujets, Monsanto a brillamment trompé son monde, sciemment falsifié des études ou du moins détourné leurs conclusions. L'argument est clair : si Monsanto a volontairement menti sur tous ces sujets, peut-on raisonnablement accorder la moindre confiance à ses déclarations sur les OGM ?

La suite évoque les OGM, Soja, coton et maïs principalement : différences entre le discours et la réalité vécue par ceux qui les utilisent ou les expériences menées par les laboratoires. Le constat est sévère, ça fait peur.

Mais outre le contenu, la méthode est également très intéressante : on suit la journaliste devant son ordinateur, qui fait ses recherches sur Google. Au début, on est un peu perplexe : même si les journalistes utilisent fréquemment Google, j'imagine, pour pondre les articles, les documentaires cachent en général la chose, pour mettre en avant un travail d'investigation qui n'est pas à la portée du premier venu - il faut bien préserver son fond de commerce. Ici on la voit taper tranquillement sa recherche à deux doigts, et sélectionner ses résultats. A chaque fois, vérification de la source, recherche éventuelle d'informations sur l'auteur, et souvent interview filmée ou au moins téléphonique. On suit ainsi la journaliste aux USA, au Royaume Uni, en Inde, au Mexique, au Paraguay, etc. Là aussi, le sens est clair : Google est un moyen d'information riche et incontournable, à condition de vérifier un minimum la crédibilité de la source, et de valider l'article par une vérification auprès de l'auteur. On voit même un scientifique victime d'une campagne de décrédibilisation vérifier la provenance des mails l'attaquant, pour découvrir que le serveur appartient à Monsanto ou un un groupe de communication qui a l'entreprise parmi ses clients.

Il manque peut-être quelques points de vue d'agriculteurs enthousiastes, s'il y en a (le documentaire laisse un peu supposer qu'ils sont soit déçus soit à la solde de Monsanto), et l'interview de responsables de Monsanto (la journaliste conclut judicieusement en diffusant le refus téléphonique), mais dans l'ensemble, c'est quand même très bien mené et intéressant.

Bref, un bel exemple d'investigation contemporaine.



*Le monde selon Monsanto, un documentaire de Marie-Monique Robin disponible en VOD ou DVD sur le site d'Arte.

21/04/2008

21/04/08 - 19:40

Catherine et ses petits papiers

On me dit parfois : Vincent, tu devrais déménager, ça fait longtemps que tu es locataire ici, il serait temps que tu achètes, ou au moins que tu changes un peu, allez ! Ceux-là ont un peu raison, sans doute, mais c'est surtout qu'ils ne connaissent pas Catherine. Avoir une voisine du dessous comme Catherine, c'est inestimable.

Dès que j'avais emménagé, elle avait marqué son territoire : "oh, vous êtes juste locataire, alors ?". Il y eut ensuite quelques conversations hallucinantes "Elle est mignonne, votre nouvelle copine, ah vous n'avez pas de copine ? Il me semblait avoir vu une jeune fille entrer chez vous, l'autre jour" ou bien "C'est fou comme votre frère vous ressemble ! Ah, ce n'est pas lui qui habite chez vous en ce moment ? J'ai dû confondre, alors". Bien sûr, c'était surtout une manière sans vergogne d'en savoir un peu plus sur moi, c'est qu'elle est très curieuse, Catherine.

Il faut s'y habituer : elle a un vocabulaire de supporter de foot, et un caractère assez lunatique, elle est presque hystérique, sans doute. Au moindre bruit de verre brisé dans la cour, à la moindre porte qui claque, on entend un violent "Putain de bordel, mais c'est pas possible, alors, j'en ai maaaaarre !", je me souviens aussi l'avoir entendue s'essayer aux langues étrangères, un soir d'été où les voisins lettons un peu imbibés chantaient bruyamment fenêtre ouverte "La ferme, un peu ! Roh, il comprend rien, shut up ! Putain, il comprend pas non plus !". Si ça se trouve, elle est en train d'apprendre le Letton, du moins les quelques mots qui suffisent à ses éclats passagers. Comme il y a aussi des Espagnols et des Polonais, dans l'immeuble, elle va finir par être tout-à-fait polyglotte.

On a eu des rapports un peu houleux, au début. Une nuit où j'avais eu l'audace de taper un peu du poing au pied du lit, alors qu'elle s'engueulait avec son mec juste en-dessous, j'avais eu droit à un convivial "Toi là-haut ta gueule". En plus, quand je me défoule sur mon orgue, le pédalier tape un peu sur mon plancher, qui est accessoirement son plafond, ça la rend folle.

Avec le temps, cela dit, nos rapports se normalisent : je lui avais dit qu'il suffisait de signaler sa présence, quand le bruit l'indisposait, ce dont elle ne se prive pas. Mais même là, on progresse : au début, elle cognait au mur, maintenant elle se contente de mettre sa musique un peu fort, youhou je suis là. Et enfin, dernièrement, alors que je la croisai un soir, elle me sort "Je m'en vais pour la soirée, vous pouvez jouer autant que vous voulez ! Tenez, maintenant je vous dirai quand je pars, ce serait dommage de ne pas en profiter". Depuis, donc, je trouve fréquemment ses petits papiers sous ma porte.



Bon, d'accord, c'est sans doute aussi une manière de me demander de ne pas faire trop de bruit le lendemain (comprendre "Ce soir je sors tard, laissez moi dormir un peu demain matin"). Pourtant, entre Catherine et moi, je sens qu'il y a une lente histoire d'amour qui se tisse, peu à peu. Ce serait dommage de rompre brutalement, non ? Dans quelques années, si ça se trouve, elle va me demander en mariage :-)

Et c'est tout ce que tu trouves comme excuse ? :o)

19/04/2008

19/04/08 - 10:31

Et c'est le drame...

Hier, il m'est arrivé un pénible incident, que dis-je, une véritable catastrophe.

Pire que la dernière fois où je me suis cassé un ongle, c'est dire.

Voilà : alors que je pédalais comme un dératé chevauchant mon vélib', ce nouvel engin qui va sous peu donner à tous les Parisiens un joli petit cul et qui fait déjà pâlir de jalousie tous les clubs gym queen de la capitale, mon passe Navigo, qui est un peu aux Parisiens ce que le permis de conduire est aux provinciaux, est tombé de la poche de mon blouson. Oh, ça devait arriver un jour, je m'étonnais à chaque fois de l'y trouver encore, quand après une chevauchée fantastique je plongeais plein d'angoisse la main dans ma poche. Je crois que je l'y laissais simplement pour éprouver la petite tension de cette anxiété, et le réconfort de toujours le sentir sous mes doigts.

Bref, cette fois, au hasard d'un soubresaut, d'un trottoir un peu trop haut, d'un virage trop serré, il s'est échappé, drame.

Il a donc fallu, hier soir, que je me glisse discrètement près de l'automate qui distribue les tickets de métro, je me retourne, personne derrière moi, mon dieu, je sais à peine comment ça marche, et surtout, que je supporte les regards compatissants. Depuis quelques mois, les agents RATP guettent le moindre ticket orange introduit dans la fente, quoi monsieur vous avez encore une carte orange, vous savez que ça va disparaître, ne bougez pas, sourire, hop, photo, voici votre passe Navigo. Mais moi, je ne suis même plus dans cette catégorie-là : j'ai le malheureux ticket bleu pâle (anciennement mauve, vert, jaune, je ne sais plus), celui qui n'intéresse même pas les agents RATP, celui qui fait pitié.

Imaginez donc : si ça se trouve, on me prend pour un banlieusard, du genre banlieusard qui vit et travail en banlieue, qui ne met qu'occasionnellement un pied honteux dans la capitale.

Mais non, oh, c'est pire ! Ce regard un peu condescendant, cette compassion vaguement méprisante, j'y suis, quelle horreur ! Je passe pour un provincial, limite plouc, je n'ai plus qu'à me jeter dans la Seine.

Tant pis pour le métro, plutôt marcher que subir cette humiliation. Je sens que les regards poisseux me suivent, pourtant, alors je tente une dernière parade, aussi vaine que pitoyable : je contemple les monuments, je fais semblant de chercher mon chemin, pour un peu je parlerais anglais tout seul, je joue au touriste. C'est toujours mieux que de passer pour un provincial, quand même, non ? :-)



Vite vite, un saut à l'agence !

12/04/2008

12/04/08 - 15:34

Autoportrait du jour

Il y a des jours où j'en ai après tout et tout le monde, c'est comme ça.

Marre des mots mis bout à bout, des jolies phrases sirupeuses, poisseuses, qui collent au comprenoir. Envie d'un flingue en guise de plume, de faire un carton au lieu d'écrire un blog (magicvince écrit son blog à la plume, c'est comme ça). Juste bang.

Dame Nature, qui n'est pas folle, voyant l'âme grise qu'elle avait commise (une âme grise, oui, elle a peut-être été noire, mais le noir, ça délave, c'est comme ça), se dit qu'il fallait prendre ses précautions : elle a donc attifé cette âme grisâtre d'un corps malingre très peu impressionnant, et d'une intelligence probablement très moyenne - c'est difficile à juger de l'intérieur, on a tous juste assez d'intelligence pour se croire plus malin que les autres.

Planquez-vous ! J'ai envie de cracher sur l'univers, il en faut de la salive. Sauf sur lui. Et lui, et cet autre, et elle aussi. C'est dingue, voici la preuve scandaleuse qu'on peut haïr l'humanité toute entière, et être incapable de détester qui que ce soit en particulier. C'est que, voyez-vous, le particulier est trop concret, je décharge ma colère dans l'abstrait.

Je dégaine à l'intérieur, et à l'extérieur je lâche un virulent "pardon madame" (avec un sourire), je suis un virtual killer.

Oh, ça ne dure pas bien longtemps : je râle un peu, j'écris quelques bêtises, et puis je comprends tout :

C'est juste que je suis un peu crevé, aujourd'hui. D'ailleurs, je suis persuadé - avec cette propension à généraliser mon cas, histoire de me sentir moins seul, d'ailleurs tout le monde fait ça, c'est bien connu - que les gens méchants sont juste des gens qui ont mal dormi. C'est prouvé, tous les grands méchants, Freddy Kruger, Darth Vador, Hannibal Lekter, Sorty :p sont juste des insomniaques; donnez-leur un lit, vous en ferez des agneaux. C'est comme ça.

Allez, vais me coucher, moi, bonne nuit.

11/04/2008

11/04/08 - 20:19

On t'a demandé ton avis ?

A chaque fois que je vois le pays se lever comme un seul homme pour défendre de nobles causes, je me sens un peu gêné. Et ce, d'autant plus que cet enthousiasme soudain concerne des causes complexes et lointaines. A la fois parce que je suis sans doute à peu près incapable d'en faire autant, et puis aussi parce qu'une foule qui se lève, c'est toujours un peu effrayant. Un pyschanalyste compétent me ferait certainement avouer que j'ai été écrasé, voire voilé, par un troupeau de manifestants quand j'étais gamin, d'où le traumatisme, etc. C'est très fort, un psychanalyste, il paraît même qu'il y en a plein qui vous inventent des souvenirs, c'était écrit en gros dans tous les journaux gratuits, et même les autres.

En ce moment, donc, on trouve que les Chinois sont des méchants. Ah, mais c'est qu'ils vont changer, hein, on va les y obliger ! On agite les drapeaux tibétains (je découvre : ouah, joli drapeau), on hue les officiels chinois. Bon, évidemment, le soir en faisant les courses, on sera un peu moins regardant, du moins on regardera surtout le prix, et moins la provenance. Il y a quelques mois encore, on félicitait notre vénéré président de retour du pays du Soleil Levant, brandissant fièrement un plein carnet de commandes qu'on vénérait comme un ostensoir. Un peu plus tôt, on souriait presque, plein d'indulgence, quand Ségolène Royal évoquait avec admiration la "rapidité" des tribunaux chinois.

Je ne connais pas les Chinois, et encore moins le Tibet (qui est irrémédiablement lié dans mes souvenirs d'enfance à un album de Tintin que j'aimais beaucoup; ceux qui trouvent que Tintin au Congo est raciste et glorifie le colonialisme devraient relire Tintin au Tibet, joli message d'ouverture et de tolérance). En lisant l'article consacré dans Wikipédia, j'apprends plein de choses intéressantes (ouah, c'est grand comme 4 fois la France, quand même), et que l'histoire des relations sino-tibétaine est très ancienne et vachement compliquée, quand même.

Je ne connais pas, mais quand même, je me demande. Bien sûr, défendre les droits de l'Homme, c'est bien, c'est beau, c'est noble. Mais quand on a affaire à la Chine, à sa puissance, à sa culture, se poser brutalement en donneur de leçons risque de ne pas améliorer grand chose, j'imagine : la réponse fuse déjà, occupez-vous de vos affaires, on n'a pas de leçons à recevoir, vous êtes une société du passé, nous sommes l'avenir. Bref, expliquer aux autres que ce sont des imbéciles et des criminels, c'est bien quand on a les moyens de leur en imposer, sinon ça laisse un peu perplexe.

Alors, faut faire quoi ? Bah j'en sais rien, après tout, on peut agiter des drapeaux ou souffler sur des torches si on veut, c'est pas plus bête que d'écrire des discours oiseux sur son blog...

Et sans doute guère plus efficace, aussi :-/

05/04/2008

05/04/08 - 12:53

Thé, Humanité, et autres salades

Est-ce parce que je flotte encore dans les limbes du sommeil ? Chaque matin, à la surface de mon bol de thé, la nature déroule pour moi seul un fascinant spectacle. Oh, certes, ce ne sont que quelques bulles d'air éphémères, mais voilà, donnez-leur un peu de mouvement, et le rideau se lève.

Les latins ne s'y trompaient pas, qui donnaient à l'anima, l'idée double de vie et de mouvement - on retrouve ces sens isolés dans animiste ou animé, et enchevêtrés dans animal. De ce point de vue, la salade enracinée dans son sol un peu sec a bien du mal à gagner le statut de vivante. Et encore, si vous ajoutez quelques yeux (deux, en général) à l'animal, il gagne une expression, il devient presque humain : on lui trouve un air méchant, sournois, attendrissant ou rigolo. La salade tente d'esquisser un sourire, comprend qu'elle ne peut pas lutter; elle pleure alors ses larmes de rosée, referme pudiquement ses feuilles (puis hausse les épaules et tourne le dos, si c'est pour finir en vinaigrette de toutes façons).

Quelques bulles d'air, donc, qui flottent à la surface de mon bol de thé. Pour la plupart, elles se tassent contre le bord en une blanche écume, on entend presque leur secret babillage. Mais quelques-unes, plus hardies, entament dans mon bol un discret ballet, tournent, se rapprochent, se frôlent, s'éloignent et se retrouvent bientôt - parfois, même, elles s'épousent, fusionnent ou se détruisent mutuellement, à l'amour, à la guerre, à la vie, à la mort. Fatiguées, il arrive souvent qu'elles rejoignent leurs compagnes contre le bord, qui lui font une petite place - on les imagine ragotter toutes ensemble, décrivant dans leur muet langage les quelques danseurs qui tournent encore au centre. Des bulles qui languent de pute, si l'on veut.

Chaque matin se renouvelle ce curieux ballet, à chaque fois le même, à chaque fois un autre. Tout à ma rêverie, je me demande parfois si c'est moi qui lui donne vie, ou lui qui m'introduit dans l'intimité de sa discrète existence, insigne privilège. Quand je croise des gens, parfois, je me demande aussi si c'est moi qui invente ces liens tellement visibles noués entre d'eux - on voit parfois des choses touchantes, une tendre complicité, on devine souvent des choses pas très jolies, la domination de l'un, la fausse soumission de l'autre (puisque vouloir être dominé, finalement, c'est aussi une forme de domination), la fascination, la duplicité... Si l'âme avait des oreilles, on se mettrait les mains dessus, on ne voudrait pas entendre tout ça, c'est presqu'indécent.

Peut-être que c'est pour ça aussi que j'aime tant, contemplant le ballet matinal à la surface de mon bol, le silence pudique, la muette réserve de cette vie qui grouille sans un soupir. Chaque matin, avant d'affronter la rumeur du monde, je m'enferme un instant dans mes bulles.

 

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Les p'tites ziques à vince :

Rescue, de l'electro (pas terminée, un jour peut-être...)


Bach, Art de la fugue, contrepoint 9


Bach, Art de la fugue, contrepoint 1


Bach, Toccata et fugue en ré mineur, la fameuse toccata, quoi...



Bach, Concerto en la mineur (1er mvt), une transcription d'un concerto pour 2 violons de Vivaldi