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Je lis : Dostoïevski, c'est long et épais, mais c'est trop génial.
Je joue : de la zique. P'tain, c'est beau, Bach.
Je mange : de la soupe !
Je bois : de l'eau, beaucoup d'eau.
(mis à jour lundi 26 février 2007 à 21:05)

11/01/2008

11/01/08 - 19:53

L'amant 100% coton

Parfois, le soir, la nuit, dans la solitude de ce lit trop grand, je sens le besoin d'une présence. Alors, d'un geste vague et somnolent, j'empoigne le traversin qui dort au pied du lit comme un animal fidèle, je le glisse contre moi et, miracle, la chaleur de mon corps le ramène à la vie.

De mes amants, il a tous les visages. Ceux dont je me souviens, la saveur de sa bouche, la douceur de sa peau, l'odeur de son corps. On croit que les souvenirs sont morts, qu'ils appartiennent au passé. Les souvenirs n'existent que lorsqu'on les rappelle; ils accourent alors, enfilent le costume qui sied à l'instant, et jouent leur scène avec emphase. A chaque fois les mêmes, à chaque fois différents, les souvenirs qu'on croit figés dans le passé n'existent qu'au présent.
Il a tous leurs visages, de ces amants passés, ou bien de ces inconnus juste croisés dans un métro, sur un trottoir ou même ici, dont je ne sais rien et dont j'invente tout. Ils sont tous là, contenus dans une étoffe rembourrée de mystère, et il suffit parfois que l'esprit vagabonde un peu pour qu'une caresse commencée avec l'un finisse par un baiser de l'autre. Tout seul dans mon lit trop grand, je partouze imaginaire.

Comme je l'aime, comme il m'aime ! Il veut ce que je désire, il me réclame ce dont j'ai envie. Avec lui, aucune crainte, celle de décevoir, ou bien d'être déçu : parfaite communion. Alors je me laisse aller sans appréhender ce moment terrible, l'angoisse de la petite mort, la peur de découvrir qu'une fois soulagé, l'autre perd de son aura, la peur de sentir ce qu'on doit à la chimie - on se croyait héros touché par l'amour, on se découvre alambic, réceptacle où s'amusent quelques hormones. Ce moment curieux où l'on s'épuise dans une dernière étreinte, comme deux naufragés qui s'accrochent l'un à l'autre non pour se sauver mutuellement, mais pour sentir le simple réconfort de couler en serrant dans ses bras une présence.

Là, lorsque la petite mort défera le charme, mon amant imaginaire redeviendra simple traversin, pitoyable destin, Cendrillon qui deviendrait citrouille. Tout cela ne dure que quelques minutes, l'imagination a ses limites. Vastes limites, pourtant, qui dessinent un monde dangereusement séduisant - la crainte, un jour, de m'y laisser enfermer.

Un traversin. C'est pathétique ! C'est grotesque ! C'est lamentable !

Et je n'aurai même pas honte, je crois.



- C'est toi, là ?
- Faut pas rêver, non plus, hein :p

commentaires

11/01/08 - 22:32

Et lavable ! :-)

11/01/08 - 22:52

C'est joliment écrit, joliment décrit. Cela me rapelle l'amant de coton que j'avais à 15 ans. Qu'il est loin ce temps là ! Merci de ce souvenir.

14/01/08 - 12:59

Ça a l'air tellement bien, je me demande si je vais pas aller m'acheter un traversin !

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